😲Incendie de Notre-Dame : un seuil de concentration du plomb dangereux pour la population ?

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La cathédrale Notre-Dame de Paris, au soir du 15 avril.

A rebours des principes de précaution, les autorités ont décidé de définir un seuil de mise en garde particulièrement haut, et ont circonscrit la catastrophe à une zone restreinte de Paris.

Trois mois après l’incendie de Notre-Dame de Paris, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France a rendu public, jeudi 18 juillet, comme elle s’y était engagée, un « point de situation »général de l’impact sanitaire pour la population parisienne des retombées de plomb issues de la cathédrale. Elle y fait un constat qui se veut rassurant, mais continue par ailleurs d’assurer la mise en œuvre d’un « dispositif de surveillance environnementale et sanitaire ».

Face à cet événement d’ampleur inédite dans l’histoire récente, l’agence a dû fixer un seuil de concentration du plomb, qui n’avait jusqu’alors jamais été arrêté par les autorités sanitaires. « D’habitude, c’est le HSCP [Haut Conseil de la santé publique] qui fixe des seuils », et non l’ARS, affirme ainsi Bruno Vincent, le directeur de cabinet du directeur général de l’ARS. Mais aucune norme sur les surfaces extérieures n’existe en France. A rebours des principes de précaution, l’agence a donc fixé un seuil de référence particulièrement élevé  et donc potentiellement inadapté des concentrations du plomb sur la voirie, et a circonscrit la catastrophe à une zone restreinte de la capitale.

Le saturnisme

Le plomb peut provoquer le saturnisme, principalement chez les jeunes enfants et les femmes enceintes. C’est une maladie due à une intoxication au plomb, dont les effets sont délétères même à faible dose, et qui peut se déclarer bien après l’ingestion ou l’inhalation. « C’est insidieux, on ne s’en rend pas compte, on traîne ça et d’un coup, y a des soucis », explique ainsi Mathé Toullier, présidente de l’Association française des victimes du saturnisme, arguant que l’élimination des traces de plomb dans le sang peut prendre des années. A la clé, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, une baisse de croissance, d’audition et de QI, mais aussi pour les cas plus graves, anémie, hypertension, déficience rénale et des effets toxiques sur le système immunitaire et l’appareil reproducteur. L’Organisation mondiale de la santé rappelle par ailleurs le caractère « irréversible » des effets neurologiques et comportementaux.

Le 15 avril, des milliers de badauds ont regardé, médusés, les flammes qui s’échappaient de Notre-Dame de Paris et qui ont dévoré la toiture et renversé la flèche de la cathédrale. D’importantes volutes de fumées jaunâtres s’élevaient dans le ciel parisien, trahissant la présence d’oxyde de plomb dans le panache.

450 tonnes de plomb à température très élevée

De fait, les toitures de l’édifice principal tout comme la flèche étaient presque entièrement constituées de plomb : 210 tonnes, en fines plaques de 5 millimètres d’épaisseur pour les toits, et un manteau de près de 250 tonnes pour l’œuvre de Viollet-le-Duc qui a finalement cédé à l’assaut des flammes. En tout, plus de 450 tonnes de plomb mises à l’épreuve d’un feu à la température très élevée. « On est à peu près sûrs d’avoir atteint une température d’au moins 600 °C, peut-être 900 °C, et probablement plus », indique au Monde la chimiste environnementale Sophie Ayrault, à la tête d’une équipe d’une centaine de personnes au sein du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE).

A ces températures extrêmes, le plomb est déjà depuis longtemps entré en fusion il se liquéfie à 327 °C  et peut partiellement être vaporisé. Sa dissémination dans l’atmosphère sous forme de microparticules présente un risque sanitaire pour les habitants de la capitale ainsi que pour tous ceux qui pourraient y avoir été exposés. Le plomb s’accroche à des poussières, cinq à vingt-cinq fois plus fines qu’un cheveu, qui sont générées par l’incendie et qui montent haut dans l’atmosphère.

La cathédrale Notre-Dame de Paris, au soir du 15 avril.
La cathédrale Notre-Dame de Paris, au soir du 15 avril. Thibault Camus / AP

Personne ne sait encore quelle quantité de plomb s’est ainsi envolée dans le ciel parisien. Selon Maxime L’Héritier, historien et trésorier d’une association de scientifiques chargés de mesurer les enjeux de la restauration de la cathédrale, « tout n’a pas été inventorié, pesé. Il y a des morceaux de plomb qui sont tombés intacts. Il y a des bouts fondus, des plaques tombées (…). Ce qui a fondu a formé un magma avec du sable et des matériaux divers. C’est trop tôt pour savoir ce qui est resté dans l’édifice. » S’il estime ainsi que la majeure partie du plomb subsiste sous forme métallique dans la cathédrale, reste qu’une quantité non évaluée est nécessairement partie dans les airs.

Un impact jusque dans des zones éloignées de l’incendie

Poussé ce jour-là par un vent venu du sud-est, le panache de fumée a charrié les microparticules plombées en survolant l’ouest parisien. Airparif, mandaté par le ministère de l’environnement pour surveiller la qualité de l’air dans la région Ile-de-France, a annoncé le 11 juin avoir mesuré des concentrations inhabituelles de plomb dans l’air, à la station météorologique de Limay (Yvelines). Soit à plus de 40 km à vol d’oiseau de la cathédrale. L’organisme affirme que les mesures effectuées sur la semaine « montrent une augmentation des concentrations en plomb (…). Limay était bien sous le vent pendant l’incendie, et il est vraisemblable que ces concentrations en plomb soient directement liées à ce sinistre. »

Source : https://www.lemonde.fr

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