Manifestations du 1er-Mai à Paris : que s’est-il passé à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière ?

Le gouvernement a dénoncé, mercredi, une « attaque », tandis que des manifestants affirment avoir voulu échapper à des gaz lacrymogènes.

Captures d\'écran de vidéos filmées le 1er mai 2019 montrant une intrusion dans l\'enceinte de l\'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

« Il aurait pu se produire un drame dont je n’ose même pas imaginer les conséquences. » Le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, a dénoncé, jeudi 2 avril, sur franceinfo, des « débordements gravissimes » et « inédits », au lendemain de l’intrusion de dizaines de personnes dans l’enceinte de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière. Voici ce que l’on sait de cet incident, qualifié d’« attaque » par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

Une intrusion par une entrée secondaire

Mercredi après-midi, alors que les tensions redoublent dans le cortège du 1er-Mai sur le boulevard de l’Hôpital, la directrice de la Pitié-Salpêtrière se trouve au PC sécurité de l’établissement. « En prévision du cortège (…), nous avions fermé l’ensemble des accès situés sur le boulevard, donc les trois accès étaient fermés, verrouillés et avec une présence de vigiles », affirme Marie-Anne Ruder sur RTL.

Vers 16 heures, la directrice est informée d’une tentative d’intrusion au 97 boulevard de l’Hôpital. « Des manifestants essayaient de forcer la grille, raconte Marie-Anne Ruder à franceinfo. Quand je suis arrivée, les chaînes avaient cassé et des dizaines de personnes se sont introduites à ce moment-là dans l’hôpital. » Elle dit avoir « essayé de refermer le portail, ce qui s’est avéré impossible sous la pression des personnes présentes ».

Vue sur la grille d\'accès au 97 boulevard de l\'Hôpital, dans le 13e arrondissement de Paris.
Vue sur la grille d’accès au 97 boulevard de l’Hôpital, dans le 13e arrondissement de Paris. (GOOGLE STREET VIEW)

L’intrusion ne s’est pas faite par l’entrée principale de la Pitié-Salpêtrière, au 83 boulevard de l’Hôpital, mais par un accès servant à la fois de « sortie livraison cuisine » et de passage vers une résidence universitaire du Crous. Une fois la grille franchie (entourée en rouge ci-dessous), l’arrière du bâtiment des urgences n’est qu’à une quarantaine de mètres.

Vue aérienne de l\'entrée de la Pitié-Salpêtrière au 97 boulevard de l\'Hôpital, donnant sur le bâtiment des urgences.
Vue aérienne de l’entrée de la Pitié-Salpêtrière au 97 boulevard de l’Hôpital, donnant sur le bâtiment des urgences. (GOOGLE MAPS / FRANCEINFO)

Un service de réanimation pris pour cible

La directrice de l’hôpital affirme à franceinfo avoir « essayé de discuter » avec les intrus. En vain : « La discussion n’était pas possible, avec une certaine agressivité et violence verbale de la part de certaines des personnes qui étaient là. » Marie-Anne Ruder précise à France Inter avoir alors « décidé d’appeler les services de police, car je voyais qu’on ne maîtrisait plus du tout ». Selon elle, dans le même temps, un groupe « d’une vingtaine, une trentaine de personnes a monté l’escalier extérieur », qui mène au service de réanimation chirurgicale, situé au premier étage.

Des « dizaines » de personnes « se sont précipitées, en montant un escalier, en passant une passerelle, vers le service de réanimation chirurgicale », où elles « ont tenté d’entrer », confirme Martin Hirsch, le patron des hôpitaux parisiens, interrogé sur BFMTV. Au sein de ce service de réanimation se trouvent des patients « intubés, ventilés, extrêmement sensibles ». Le personnel précise qu’il s’agissait d’une issue de secours, vitrée, accessible par digicode. De l’extérieur, rien n’indiquait l’identité du service.

Le personnel soignant s’interpose

« Fort heureusement, le personnel, une dizaine de médecins, infirmiers, aides-soignants et internes, a eu le réflexe de se mettre derrière la porte pour empêcher l’intrusion », raconte la directrice de la Pitié-Salpêtrière. Marie-Anne Ruder salue par ailleurs « le courage exemplaire » du personnel, qui n’a « eu qu’une obsession : protéger les patients ».

Il y a un certain nombre de personnes qui ont tenté de forcer une porte derrière laquelle ils voyaient qu’il y avait des soignants qui criaient : ‘Attention, malades, danger !’Martin Hirschà franceinfo

Interne en réanimation, Mickaël Sabban était de l’autre côté de la porte. « Il y a cinquante personnes qui disent ‘ouvrez la porte, ouvrez la porte’, raconte-t-il à franceinfo. Nous, on leur répond : ‘Non, c’est une réanimation, on ne peut pas vous faire entrer, c’est impossible’. On essaie de bloquer la porte tant bien que mal, mais des personnes essaient de pousser. Ça a duré moins de cinq minutes, on a essayé d’empêcher les gens d’entrer dans la réanimation. On a essayé de protéger notre réa, on a fait ce qu’on a pu. »

« Ils fuyaient quelque chose, ils voulaient qu’on ouvre la porte, mais, malheureusement, nous, on comprenait peut-être leur détresse mais on ne savait pas leurs intentions », avance, sur BFMTV, un infirmier, qui était l’un des quatre professionnels à tenir la porte et qui reconnaît « un moment de stress »« Aucune personne n’avait le visage masqué ou cagoulé », complète-t-il, estimant lui à « trois ou quatre minutes » la durée de la scène.

« Quand ils ont réalisé notre détresse, ça s’est calmé », ajoute l’aide-soignante Gwenaëlle Bellocq, sur BFMTV. Certains « ont été à l’écoute » et « ont essayé de calmer le jeu », selon elle, et « on ne s’est pas sentis plus agressés que ça ».

Une trentaine de personnes en garde à vue

L’intervention de la police a permis de mettre fin à l’incident. Dans la foulée, 32 individus ont été placés en garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences », a annoncé le parquet de Paris. Dès mercredi soir, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris a promis de porter plainte.

Des motivations encore inconnues

« Je ne connais pas les motivations de cette intrusion inexplicable », a insisté Martin Hirsch, tandis qu’une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances de l’incident. Présente presque dès le début, la directrice de la Pitié-Salpêtrière dit avoir remarqué, à son arrivée, des manifestants « en civil », des « gilets jaunes » et des individus au visage dissimulé. Sur RTL, elle insiste sur la « violence » et la « brutalité » de l’effraction et ne fait pas état d’une présence policière à ce moment-là. Pour Christophe Castaner, « on a attaqué un hôpital » et « on a agressé son personnel soignant ».

De son côté, une journaliste de l’AFP a vu des manifestants se réfugier pour échapper aux gaz lacrymogènes au niveau du 97 boulevard de l’Hôpital, avant d’être pourchassés par les forces de l’ordre, et certains interpellés. « Au niveau de l’entrée de l’hôpital, on a pu constater des odeurs », reconnaît la patronne des lieux, Marie-Anne Ruder, sur RTL. Une vidéo publiée à 16h21 montre bien (à partir de 0’26 ») que la tentative de faire céder la grille intervient au milieu d’un nuage de lacrymogène que d’autres manifestants préfèrent fuir en se dirigeant vers le bas du boulevard.

Vidéo intégrée

D’autres vidéos montrent des manifestants, sans signe apparent d’agressivité, dans l’enceinte de l’hôpital. Sur l’une d’elles, un homme, positionné devant la grille ouverte, évoque d’abord, avec le sourire, « la population civile obligée de se réfugier dans un hôpital pour se protéger de la répression ». Il filme ensuite l’intervention des forces de l’ordre arrivant du bâtiment des urgences, puis l’arrivée d’autres unités venant du boulevard de l’Hôpital. « On se fait charger, devant, derrière », commente l’homme, avant de quitter les lieux sous la menace des matraques.

Sur les images ci-dessous, prises depuis le bâtiment des urgences, on voit l’intervention des forces de l’ordre venant du boulevard de l’Hôpital. Le compte Twitter à l’origine de cette vidéo n’est désormais plus accessible.

Vidéo intégrée

Par ailleurs, un témoin a envoyé une autre vidéo de l’évacuation au documentariste David Dufresne. Il a affirmé que les manifestants filmés« voulaient se réfugier parce qu’une colonne de CRS arrivait par le haut du boulevard ».

D’autres incidents signalés

De permanence le 1er mai au sein du service de réanimation, le professeur Mathieu Raux affirme à BFMTV que, « dans d’autres services de l’hôpital, il y a eu des exactions ». Selon lui, « on a eu à déplorer, deux heures plus tard, la perte de l’ensemble du matériel, vandalisé, du service informatique du service de chirurgie digestive ». La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a également mentionné, sur Europe 1, « un certain nombre d’exactions », dont « du matériel informatique qui aurait été volé ».

Par ailleurs, un journaliste de LCI fait état de dégradations au sein du bâtiment de cardiologie.

Vers 2h du matin le #1erMai, quelques heures avant la manifestation, deux étages du bâtiment de cardiologie de la Pitié ont été entièrement dégradés avec plusieurs dizaines de tags anarchistes, injurieux, racistes et en soutien aux gilets jaunes. Une signature : “Alexis”. (@LCI)

Dans l’après-midi, un capitaine de police d’une compagnie de CRS a été admis à la Pitié-Salpêtrière, en « urgence relative », après avoir reçu un pavé au visage. Martin Hirsch « ne pense pas » que l’intrusion « ait un lien » avec cette hospitalisation. « Je ne les ai pas vus crier à la recherche d’un blessé particulier, a-t-il dit. Je ne sais pas si c’est une invasion d’hôpital, s’ils fuyaient quelque chose… »

Agnès Buzyn a, elle aussi, écarté tout lien entre les deux cas. « Je ne vois pas très bien comment les manifestants sur place ont pu avoir l’information puisque l’admission se faisait par une autre entrée », a-t-elle avancé. Selon Le Monde, l’hospitalisation du CRS est même postérieure à l’évacuation de l’enceinte par les forces de l’ordre.

Source : francetvinfo.fr

Crédits photos : Capture d’écran

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