«Ce qui s’est passé est pire »

«Ce qui s’est passé est pire »..

Lycéens interpellés à Mantes-la-Jolie: «Ce qui s’est passé est pire que ce qu’on a pu voir en vidéo»

Deux des lycéens interpellés en décembre 2018 à Mantes-la-Jolie (Yvelines) ont été entendus lundi par la police des polices. Leur avocat, maître Arié Alimi, se confie à « 20 Minutes »

  • Le 6 décembre 2018, 151 jeunes âgés de 12 à 21 ans étaient interpellés par les forces de l’ordre après des incidents en marge d’une manifestation.
  • Ils ont été forcés par les policiers de se tenir à genoux mains sur la tête pendant plusieurs heures.
  • Une vidéo montrant la scène avait été diffusée sur les réseaux sociaux et avait suscité de nombreuses réactions.
  • Cinq mois plus tard, deux d’entre eux ont été auditionnés par l’IGPN, la police des polices.
  • Leur avocat, maître Arié Alimi, a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes.

La vidéo postée sur les réseaux sociaux avait suscité une vague d’indignation. Sur les images, des adolescents sont à genoux, mains sur la tête, encadrés par des policiers. La scène se passe à Mantes-la-Jolie (Yvelines) le 6 décembre dernier. Ce jour-là, 151 lycéens avaient été arrêtés par les forces de l’ordre qui intervenaient après des incidents en marge d’une manifestation dans le cadre d’une mobilisation nationale des lycéens.

Les images de ces jeunes forcés de se tenir dans cette position durant plusieurs heures avaient été qualifiées de « choquantes » par le ministre de l’Education nationale. Plusieurs d’entre eux ont déposé plainte par la suite pour violation de liberté individuelle. Cinq mois plus tard, deux jeunes ont été entendus ce lundi par les enquêteurs de l’IGPN, la police des polices. Pour en savoir plus, 20 Minutes a interrogé leur avocat, maître Arié Alimi.

Deux jeunes ont été entendus, lundi, par les enquêteurs de l’IGPN. Que leur ont-ils dit ?

Celui qui a été entendu dans la matinée n’a pas fait qu’être mis à genoux. Il sortait du lycée où il avait assisté aux cours, ce qui a été vérifié. Il ne faisait pas partie des manifestants. Mais il a été pris dans la nasse mise en place par les fonctionnaires de police. Comme la plupart des lycéens, il ne pouvait pas s’en extraire. Ils ont été repoussés vers les Restos du cœur où ils ont été mis à genoux. Il a expliqué aux enquêteurs que cela avait duré plus de deux heures, qu’il avait également reçu des coups de matraque lorsqu’il a été couché au sol par les policiers. Son téléphone portable, qui était dans son sac, a été cassé par ces coups.

Un agent lui a écrasé le dos avec son pied, il lui a marché dessus. Ce jeune de 15 ans a ensuite été placé en garde à vue. Les policiers lui ont fait du chantage en lui disant que s’il voulait un avocat, il devait attendre une nuit de plus. C’est la raison pour laquelle il a été entendu sans avocat. Finalement, il n’a eu qu’un rappel à la loi. Forcément, ils n’avaient rien à lui reprocher. Il a donc déposé plainte pour violation de liberté individuelle.

Les policiers ont justifié leur intervention par les nombreuses violences commises à Mantes-la-Jolie ce jour-là…

Qu’il y ait eu des violences commises par certains, c’est une chose. Qu’il y ait eu un blocage lycéen aussi. Mais sur les 151 jeunes interpellés, il y en a extrêmement peu qui ont participé aux violences et qui ont été jugés. On n’arrête pas des personnes qui n’ont rien fait, ce n’est pas légal. Pourtant, ce jour-là, ils ont attrapé 151 lycéens, des gamins, et leur ont fait subir des actes abjects. Et outre, ils ont menti en les présentant comme des casseurs, des gens violents… Il faut arrêter maintenant de dire des bêtises.

Vous qualifiez ce qu’il s’est passé d’actes de torture et de barbarie. N’est-ce pas un peu fort ?

Je suis simplement un traducteur juridique. Je prends des situations factuelles et essaie de leur donner une qualification pénale. Laisser des enfants de 13 ou 15 ans à genoux durant plusieurs heures, dans le froid, avec les mains menottées ou posées sur la tête, selon les textes, cela s’appelle un acte de torture et de barbarie.

Ces deux jeunes ont été entendus par la police des polices cinq mois après les faits. N’est-ce pas trop tard ?

Si. Beaucoup de preuves, comme des vidéos ou des témoignages que l’on aurait pu recueillir tout de suite, ont disparu. Une fois de plus, concernant des violences policières, l’institution judiciaire a tout fait pour éviter que la vérité ne soit faite. Elle va devoir se poser des questions sur son fonctionnement quand des fonctionnaires de polices sont impliqués. Il va y avoir de nombreuses affaires qui vont arriver sous peu devant les juridictions et qui concernent des violences policières. Si elle traite ces affaires de la même manière à chaque fois, l’institution judiciaire va finir par être mise en cause par l’opinion publique et par les avocats.

Vous demandez qu’un juge d’instruction soit saisi. Pour quelle raison ?

Simplement parce que le procureur de la République n’est pas indépendant et qu’il protège les policiers de manière générale. Même si l’affaire a été dépaysée, ça ne suffit pas. J’ai constaté hier que les policiers de l’IGPN n’ont posé qu’un quart des questions qu’ils auraient dû poser. Je souhaite que l’ensemble des lycéens soient entendus. Dans une enquête, il faut entendre l’ensemble des témoins, même s’ils ne souhaitent pas forcément déposer plainte. Ce qu’on observe au fil des auditions, c’est que ce qui s’est passé est bien pire que ce qu’on a pu voir.

 

Source : https://www.20minutes.fr

Crédit photo : capture d’écran