Pollution plastique des océans : « L’urgence est à terre »

Pollution plastique des océans : « L’urgence est à terre »

Avec le temps, les plastiques se fragmentent en microplastiques, des particules de moins de 5 millimètres. De nombreux animaux les confondent avec de la nourriture et les ingèrent.

La fondation Tara océan  dont la goélette repart en expédition scientifique  défend plusieurs pistes pour endiguer la pollution des eaux par les plastiques.

Les déchets plastiques polluent les océans, et pourtant, c’est sur la terre ferme qu’il faut agir, affirment les responsables de Tara océan. La fondation scientifique (reconnue d’utilité publique) publie, à l’occasion de la journée mondiale des océans ce samedi, un appel à soutenir la recherche afin de réparer voire d’éradiquer cette pollution sur le milieu marin.

L’approche peut surprendre les habitués de ces circumnavigations menées depuis plus de dix ans par de nombreux scientifiques à bord de la goélette Tara. En Arctique, en Méditerranée ou dans le Pacifique, le voilier s’est fait un nom en étudiant les effets des activités humaines sur ces environnements. Il vient de mettre le cap vers les embouchures des dix plus grands fleuves d’Europe.

Un grand nombre de bouteilles en plastique échouées, lors d’une opération de ramassage de déchets à Sainte-Marie-la-mer. (Photo d’illustration)

D’abord attachée aux questions de dérèglement climatique, la goélette enquête plus particulièrement depuis 2014 sur le problème des polymères. Ses missions ont mis en évidence l’omniprésence des particules fragmentées, ou micro plastiques, dans toutes les mers.

« Or la véritable solution ne viendra pas du nettoyage de l’océan : il ne faut pas croire [qu’elle] serait d’éponger la fuite alors que le robinet n’est pas fermé », expliquent les deux signataires de la tribune publiée. Le chercheur Jean-François Ghiglione (CNRS/Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-Mer) et le directeur général de la fondation Romain Troublé appellent à remonter à la source de cette pollution.

« On estime en effet que 80 % des plastiques retrouvés en mer proviennent de la terre, via les fleuves », poursuivent les auteurs. « L’urgence est à terre », assurent-ils.

La Méditerranée, mer la « plus polluée »

L’Asie, premier émetteur de déchets plastiques, est souvent pointée du doigt par l’Europe. Pourtant elle représente également la première destination où toutes les nations du monde exportent cette matière… Et notre continent, deuxième au classement des émetteurs, peine à affronter ses responsabilités.

Le plastique est devenu l’un des symboles des pollutions humaines durables sur la planète, comme ici à Dhaka, au Bangladesh.

La France, qui vante sa politique écologique est, par exemple, le pays qui rejette le plus de déchets plastiques (11 200 tonnes) de tout le pourtour méditerranéen, selon les calculs publiés vendredi par le WWF, présidé par la navigatrice Isabelle Autissier. Ainsi, cette mer quasi fermée « est la plus polluée au monde » aujourd’hui, a souligné Jean-François Ghiglione lors du départ de la nouvelle mission Tara.

 

« Les solutions sont à terre », insistent les deux responsables, qui listent des pistes pour endiguer cette pollution. Tout d’abord, soutenir et poursuivre la recherche. Il s’agit de « comprendre les effets les plus nocifs des plastiques sur la biodiversité marine [pour] orienter les politiques publiques ». Mais aussi d’encourager les interactions avec les industriels notamment afin de concevoir des matériaux biodégradables, les solutions existantes « ne répondant pas aujourd’hui à la réalité de l’offre et de la demande, ni à l’ambition zéro impact sur l’environnement ». Ensuite, la fondation veut « déterminer le plus précisément possible l’origine » des pollutions constatées. Enfin, continuer à sensibiliser le grand public sur ces enjeux.

La fondation, désignée Observateur spécial à l’ONU sur ces questions, compte plus de 70 publications scientifiques à son actif. Elle assume cependant l’évolution nécessaire de son rôle : « Le constat ne suffit plus, la démarche scientifique doit désormais éclairer les prises de décisions. »

Source : www.lexpress.fr

Crédits photos : Capture d’écran