À l’OIT, Macron met en garde contre «le chaos qui vient»…

Emmanuel Macron à la tribune de l’OIT, le 11 juin 2019 à Genève.

À l’OIT, Macron met en garde contre «le chaos qui vient»…

À la tribune de l’Organisation Internationale du Travail, le président a dénoncé l’évolution du capitalisme, la multiplication des «rentes» et des déséquilibres. Le chef de l’État a également affirmé avoir vécu la crise des «gilets jaunes» comme une «opportunité» de remettre «l’humain au cœur».

Un constat sombre et inquiet… et des solutions plutôt classiques. Dans un discours de trois quarts d’heure ce mardi à Genève, Emmanuel Macron a évoqué l’importance du dialogue social et de la négociation pour faire face aux dérèglements du capitalisme actuel, porteur d’un «risque de crise sans précédent».

Pour le centenaire de l’Organisation internationale du Travail (OIT), le Président de la République a pris la parole après Angela Merkel, et commencé par évoquer le bilan de la plus ancienne des organisations internationales existantes, née sur les cendres de la Grande Guerre. Célébrant l’idée qu’«on ne peut construire une paix durable sur la somme des injustices», le chef de l’État a rendu hommage aux pionniers: Justin Godard, Arthur Fontaine, Léon Jouhaud, Albert Thomas… Les fondateurs d’une organisation ayant adopté 189 conventions, avec des succès notables notamment dans la lutte contre le travail des enfants.

«La conscience a su se réveiller quand le chaos était là», a noté Emmanuel Macron, annonçant ensuite qu’à nouveau, le «chaos est là» aujourd’hui, avec «une crise profonde, économique, sociale, environnementale, politique et donc civilisationnelle» pour l’ensemble des démocraties et des pays d’économie sociale de marché. En cause? Le «dumping» sous toutes ses formes, et le «travestissement de notre économie mondiale» avec l’apparition de rentes illégitimes. «Quelque chose ne fonctionne plus dans l’organisation de ce capitalisme», a insisté le président, voyant dans les déséquilibres nouveaux le terreau des extrêmes et de la démagogie. Un constat plutôt commun, que venait toutefois assombrir les mots puissants de l’orateur, qui a indiqué que le monde actuel est «à l’orée d’un temps de guerre», et se disait «persuadé de la possibilité de l’effondrement des démocraties».

Plus de multilatéralisme pour lutter contre les inégalités

Sur le chapitre des solutions, le discours se faisait néanmoins plus technique et plus prudent, vantant des solutions éprouvées. La première nécessité pour remettre le capitalisme mondial sur les rails? Plus de multilatéralisme. «On ne peut pas réussir seul, il faut de la cohérence», avançait Emmanuel Macron, citant à plusieurs reprises le cadre européen comme particulièrement adapté, et vantant la mobilisation du gouvernement français pour un «salaire minimum européen». Sur la question des dettes publiques européennes, le président français demandait toutefois une certaine clémence: «je ne veux plus qu’en Europe nous considérions que le sujet de l’ajustement économique et financier et de la dette prévaut sur les droits sociaux, parce qu’à ce moment-là on nourrit les extrêmes, le doute».

Dans le temple de la négociation tripartite (gouvernements, organisations patronales et syndicats) de l’OIT, le président soulignait aussi l’importance du dialogue social pour lutter contre «toutes les formes d’inégalité», à commencer par les préjudices envers les femmes, mais aussi les problèmes nés de la transformation numérique. Sur ce point, Emmanuel Macron soulignait l’importance de mettre en place de nouveaux droits pour les travailleurs des plateformes en ligne. Le numérique permet de «réduire la pénibilité, mais il faut aussi montrer que ça ne se traduit par de la précarité et un recul des droits», mettait en garde le président français. Autre priorité du dialogue social, les «objectifs environnementaux».

Continuant sur les vertus du dialogue, le chef de l’État disait enfin avoir vécu la crise des «gilets jaunes» comme «une forme d’opportunité»: «nous avons entendu l’intuition et le message profond: nos concitoyens veulent plus de sens, plus d’humanité et plus de proximité».

 

 

 

Source : https://www.msn.com

Crédit photo : Capture d’écran