Enfants: Comment augmenter les places en crèche sans détériorer l’accueil ?…

Une crèche à Clichy (Hauts-de-Seine)

Enfants: Comment augmenter les places en crèche sans détériorer l’accueil ?…

  • Le Premier Ministre l’a confirmé dans son discours de politique générale : le gouvernement souhaite créer 30.000 places en crèche d’ici à 2022.
  • Un projet ambitieux que porte Christelle Dubos, qui fait face depuis quelques semaines à la contestation de certains professionnels de la petite enfance.
  • Surface minimale, taux d’encadrement, accueil dans les micro-crèches… 20 Minutes fait le tour des questions que posent ces ordonnances et des points qui fâchent.

Mercredi, Edouard Philippe l’a confirmé lors de son discours de politique générale :  le gouvernement envisage d’ouvrir 30.000 places supplémentaires en crèche d’ici 2022. Un véritable casse-tête. Depuis plusieurs semaines, un bras de fer est en effet engagé entre le gouvernement, qui souhaite assouplir les contraintes pour l’accueil des enfants de 0 à 3 ans, et les professionnels de la Petite enfance, inquiets. Au point que certaines crèches sont restées portes closes lors de journées de grève de mars à mai. En cause, des ordonnances pour modifier les modes d’accueil du jeune enfant., qui visent donc à augmenter le nombre de places disponibles.

Si la pénurie de places en crèches met toutes les parties d’accord, la solution semble ardue à trouver. D’un côté, se trouvent les porteurs de projets qui souhaitent que les contraintes soient assouplies. De l’autre, les professionnels de la petite enfance, qui craignent que ces modifications ne détériorent leurs conditions de travail. Et au milieu, les parents, qui rêvent d’une place en crèche pour certains, qui craignent que leurs enfants soient moins épanouis pour d’autres.

Que contiennent ces ordonnances ?

La secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Christelle Dubos, qui porte ce dossier, a précisé devant la presse mardi 28 mai l’objectif de ces ordonnances : augmenter la capacité d’accueil en collectif et en individuel. « J’ai vu trop de mères seules renoncer à reprendre un emploi ou une formation pour garder leurs enfants », a-t-elle ainsi expliqué.

Christelle Dubos, secretaire d'Etat aupres de la ministre des solidarites et de la sante.
Christelle Dubos, secretaire d’Etat aupres de la ministre des solidarites et de la sante. – CELINE BREGAND/SIPA

Mais elle insiste sur le fait que ces ouvertures de places ne doivent pas se faire « au détriment du bien-être des professionnels, de la qualité de l’accueil des enfants et de la sérénité des parents. L’objectif n’est pas de dérégler mais de rendre le cadre moins complexe ». Justement, pour ancrer la confiance entre crèche ou assistante maternelle et les parents, les ordonnances prévoient de généraliser le contrôle des antécédents judiciaires des professionnels de l’accueil. Pour soulager les parents qui travaillent en horaires décalés, la secrétaire d’Etat envisage également de faciliter l’accueil occasionnel et en horaires atypiques.

Enfin, troisième ambition : garantir la liberté de choix pour tous les parents entre l’accueil collectif et individuel. Avec une promesse qui pourrait rassurer les parents inquiets : « Que les choses soient claires : nous ne reviendrons ni sur l’accès de tous les parents aux crèches, ni sur le soutien financier aux modes de garde individuels. Il faut cependant regarder en face les inégalités qui existent : seuls 5 % des enfants issues de familles défavorisées sont accueillis en crèche, contre 22 % des enfants issus de familles favorisées. »

« On est d’accord sur le fait qu’il existe un gros manque de places en crèches, estime Emilie Philippe, porte-parole du collectif Pas de bébés à la consigne, reçu par Christelle Dubos le 23 mai. Il faut qu’un maximum d’enfants soient accueillis, mais ça ne peut pas se faire uniquement sur l’existant et à coût constant. »

Quels sont les points qui fâchent ?

Trois sujets crispent les professionnels de la Petite enfance. Le premier touche à la surface minimum pour chaque enfant gardé. Actuellement, cette contrainte n’est pas normée au niveau national, si bien qu’il y a donc de grandes disparités entre régions. Le plan serait de proposer deux normes : 7 m² par enfant en général, avec une dérogation pour les zones très denses, à savoir un seuil de 5,5 m² par enfant, à condition d’avoir un espace extérieur d’au moins 2 m² par enfant pour que les bambins puissent se défouler.

Fin des travaux pour la crèche Stenger Bachmann le 17 09 07
Fin des travaux pour la crèche Stenger Bachmann le 17 09 07 – G . VARELA / 20 MINUTES

 

« Les enfants vont peu de temps dans ces espaces extérieurs et ont besoin de bouger pour se développer », critique Emilie Philippe. Voilà pourquoi le collectif insiste pour que la surface de 7 m2 reste la norme sur l’ensemble du territoire. « On connaît la sensibilité du sujet », assure la conseillère de Christelle Dubos, Clotilde Durand.

Mais la modification la plus explosive touche au taux d’encadrement des enfants, c’est-à-dire le nombre d’adulte par bambin gardé. « Il existe aujourd’hui des disparités, non pas parce qu’il n’y a pas de règle, mais parce qu’elles ne sont pas appliquées », argumente Pierre-Yves Manchon, chef du bureau Petite enfance et parentalité à la Direction générale de la cohésion sociale. En clair, aujourd’hui, on compte un professionnel pour cinq bébés qui ne marchent pas, ou un pour huit enfants capables de se déplacer. Pour accroître les possibilités de garde, le secrétariat d’État envisage deux pistes. Première option : passer à un adulte pour six enfants quel que soit leur âge. Deuxième option : choisir un critère d’âge, avec un adulte pour cinq bébés de moins de 18 mois, un pour huit pour ceux plus âgés.

Irrecevable pour le collectif, qui demande qu’on garde un taux d’encadrement de un pour cinq avant 18 mois, et qu’on passe à un pour sept après. « Ce qui tendrait à améliorer l’existant, sachant que la France est un des pays de l’OCDE qui a un des taux les plus hauts, avance Emilie Philippe. Un bébé demande beaucoup de disponibilité, de temps, d’énergie. D’autant que les parents n’attendent pas de la crèche un système de garde, mais que l’enfant ait la possibilité de s’épanouir avec des personnels formés et compétents. Aujourd’hui, les conditions de travail sont déjà difficiles… Si ces ordonnances passent, on risque de voir une explosion des burn-out. »

Enfin, troisième sujet de tension, celui de l’accueil des micro-crèches, qui pourraient passer de 10 enfants aujourd’hui à 12, voire 15 demain, toujours dans cette optique de proposer davantage de solutions aux parents. Avec un danger : que le secteur s’appuie de plus en plus sur le privé. « Une crèche coûte très cher aux collectivités territoriales, qui ont vu leurs dotations fondre et délèguent donc de plus en plus au privé, soulève Emilie Philippe. Or souvent, les micro-crèches sont plus chères que les crèches municipales, ce ne sont donc pas des structures qui favorisent la mixité sociale. »

C’est pour quand ?

Après une phase de consultation lancée à l’automne dernier, Christelle Dubos a transmis le 17 mai un projet d’ordonnance aux partenaires sociaux. Depuis, le texte n’a pas bougé, mais les allers-retours avec les syndicats et représentants de la Petite enfance ont débuté. Avec la volonté de présenter et voter ces ordonnances d’ici à février 2020.

Comment mieux former ?

Sur la question des moyens, la secrétaire d’État rappelle que les ordonnances n’ont pas vocation à parler des moyens et met en avant le projet de lancer un grand plan de formation continue, qui concernera les 600.000 assistantes maternelles d’ici à 2022. Dès 2020, 200.000 d’entre elles devraient bénéficier de cette formation, qui pourra aborder la question de l’inclusion des enfants handicapés, l’alimentation, le rapport aux écrans…

Mais les ordonnances restent très floues sur les moyens alloués pour cette formation continue. Contacté, le secrétariat d’État n’a pas répondu à temps à nos sollicitations pour éclaircir cette question. Car former 200.000 assistantes maternelles d’un coup risque de demander une certaine organisation pour les structures comme pour les familles. Sans parler des moyens…

Plus grave, pas de trace dans ces textes de recrutements. « Créer des places, c’est bien, après il faut les professionnels pour les remplir ! s’emporte Emilie Philippe. Aujourd’hui, il y a un manque de professionnels qui se fait de plus en plus sentir. Nous avions proposé vingt pistes pour améliorer la situation de la profession, notamment en augmentant le nombre de places dans les formations. Mais au-delà, il faut rendre ce métier plus attractif, car certaines écoles ne font déjà pas le plein… »

Source : https://www.20minutes.fr

Crédit photo : capture d’écran