Sarkozy met en garde Macron contre la «drogue» du pouvoir

L’ex-président revient sur ses années à l’Élysée et sur l’évolution, selon lui, de la façon de gouverner et la «fascination pour la transparence dévastatrice».

« Je ne suis plus dans le combat politique », prévient Nicolas Sarkozy. Dans une longue interview au Point, l’ex-président, qui vient d’apprendre son renvoi en correctionnelle dans l’affaire Bygmalion, se laisse aller aux analyses sur le pouvoir, ses dangers et son évolution. Une prise de hauteur affichée qui n’empêche pas de semer quelques tacles au passage.

Sur son successeur Emmanuel Macron notamment, qu’il épargne en apparence mais met en garde des travers de la politique. « Je sais combien il est difficile de satisfaire toutes les attentes nées d’une élection. Je m’abstiendrai donc de le critiquer. J’observe d’ailleurs qu’en matière de critiques, il semble servi… Et c’est si facile de détruire », tance l’ex-chef de l’État dans un message subliminal à la fois au président et à ses détracteurs d’alors. « Donnons lui le temps », insiste encore Nicolas Sarkozy à l’égard de l’actuel patron de l’Elysée. Mais d’expérience, il ose le conseil : « Le pouvoir est dangereux, il peut devenir une drogue. »

De bonnes relations avec Macron

En effet, selon l’ex-président qui semble vouloir se donner la posture d’un sage, « un peu d’expérience ne nuit pas face aux dangers que les émanations du pouvoir peuvent générer ». Selon le magazine qui a accueilli ses réflexions, Nicolas Sarkozy parait soucieux de ne pas trop égratigner Emmanuel Macron, qu’il apprécierait plutôt. D’ailleurs, « quand je pars rencontrer des dirigeants étrangers, je préviens toujours l’Élysée, confie-t-il. Parfois, on me demande de passer des messages. » De retour en France, son conseiller sur les questions internationales, Pierre Régent, fait un compte-rendu à Philippe Étienne, proche du président Macron.

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Rencontre lors d’un match du PSG/LP / Olivier Lejeune

Et la figure des Républicains de revenir sur son propre exercice : « Je savais dès le début que le pouvoir était une parenthèse dont on n’est pas propriétaire (…) J’ai commis des erreurs, il y a des choses que je referais différemment, mais je n’ai aucune amertume, aucun regret », assure-t-il avant de se lancer dans une sorte de mea culpa.

Contre la «transparence dévastatrice»

Il dit en effet avoir « pris un peu de recul avec les artifices de communication. C’est sans doute une conviction tardive, car j’ai beaucoup péché en la matière, je le reconnais. » Là encore un conseil déguisé à son successeur ? « J’ai profondément aimé la politique épique, avec un grand souffle… Je suis aujourd’hui consterné par cette fascination pour la transparence dévastatrice », analyse encore Nicolas Sarkozy.

« On vous demande où vous habitez et avec qui vous vivez, mais on ne vous demande plus ce que vous voulez faire de votre pays. Cette fausse proximité avec l’électeur, cette dangereuse normalité, cette inquiétante banalité, cette apologie de l’amateurisme me sont étrangères », lance-t-il encore malgré sa prudence pour éviter de tacler Emmanuel Macron.

« Trop naïfs » envers « l’extrémisme islamiste »

Globalement, « le modèle démocratique occidental touche aujourd’hui brutalement ses limites », estime-t-il avant de s’exprimer sur l’Islam. « Il est une guerre au sein du monde islamique qui nous touche plus directement encore : c’est celle qui oppose l’immense majorité de ceux qui vivent leur foi pacifiquement et cette toute petite minorité qui dévoie l’islam pour en faire une arme de guerre. Je veux bien sûr parler de la barbarie djihadiste et terroriste. Cette guerre-là, elle ne pourra se gagner que d’une seule manière : par l’anéantissement total de cette barbarie. Dans ce combat, les pays musulmans eux-mêmes ont un rôle capital à jouer », analyse le maître à penser d’une partie des LR.

Et d’insister : « On ne discute pas avec l’extrémisme islamiste, on le combat. On ne peut pas accepter la lapidation de la femme, le refus de s’intégrer, la violation de ce que nous avons de plus cher. Nous sommes encore trop naïfs et trop faibles. »

 

Source : http://www.leparisien.fr

 

Crédit photo : capture d’écran

 

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