Grand débat à Bourgtheroulde: Macron confronté aux « cahiers des droits et devoirs » et aux gaz lacrymo.

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Grand débat à Bourgtheroulde: Macron confronté aux « cahiers des droits et devoirs » et aux gaz lacrymo.

Des doléances, des critiques, quelques applaudissements aussi et le début d’un long et douloureux processus…

En échangeant pendant plusieurs heures avec des centaines de maires inquiets, Emmanuel Macron a officiellement lancé ce mardi 15 janvier le grand débat national qu’il espère « sans tabou ni totem » pour sortir de la crise des gilets jaunes et relancer son quinquennat qui vacille.

Signe de la tension toujours très forte qui agite le pays à l’heure où débute cette concertation inédite censée se prolonger jusqu’au 15 mars, le chef de l’Etat était attendu à son arrivée à Grand Bourgtheroulde, dans le département rural de l’Eure, par une centaine de gilets jaunes hostiles, scandant « Macron démission ». Mais l’imposant dispositif de sécurité prévu pour cette première sortie du président en région depuis un mois, renforcé par l’usage de gaz lacrymogène pour disperser les contestataires, a permis au débat de se tenir sans heurt.

Nommant publiquement pour la première fois les gilets jaunes depuis le début de leur mobilisation, Emmanuel Macron a ainsi estimé que cette crise était « une chance » pour « réagir plus fort » et continuer à réformer plus profondément.

Un indice de l’état d’esprit du président qui, tout en affichant sa volonté d’écouter la colère et les frustrations, a clairement défendu son action en prévenant que toute concession sociale ou fiscale devrait être financée et/ou compensée par d’autres réformes.

Un président à l’écoute et sur la défensive

Ceux qui croyaient qu’Emmanuel Macron était simplement venu pour écouter ou distribuer des cadeaux aux élus locaux en ont donc été pour leurs frais.

Tout en se disant ouvert à la discussion, Emmanuel Macron a longuement répondu à ses interlocuteurs en défendant l’action de son gouvernement et ses réformes censées relancer l’activité.

Symboliquement, le président a récusé l’expression de « cahiers de doléances », héritée de la Révolution française et que beaucoup de mairies ont mis à la disposition de leurs administrés, pour lui préférer celle de « cahiers de droits et devoirs ».

Le signe qu’aux yeux du président, chacun devra faire un effort pour venir à bout des « fractures » décrites ce mardi par les élus locaux.

« Je ne peux pas faire de démagogie facile mais… », « je ne peux pas vous laisser dire ça, par contre… » Proposant, recontextualisant, répondant point par point, prenant à témoin des maires tantôt sceptiques, tantôt séduits, Emmanuel Macron a, de fait, retrouvé une partie de ses accents de campagne en renouant avec la méthode et le franc-parler de sa grande marche présidentielle.

« Il ne faut pas raconter des craques.

Ce n’est pas parce qu’on remettra l’ISF que la situation d’un seul gilet jaune s’améliorera. C’est de la pipe », a-t-il lâché crânement pour défendre l’abrogation de l’impôt de solidarité sur la fortune, s’attirant les rires de l’assemblée.

Mais le chef de l’Etat a aussi dû se justifier sur ce vocabulaire « cash » parfois blessant qui a nourri son image de dirigeant arrogant et déconnecté des souffrances du pays. Interpellé sur sa sortie où il avait invité un chômeur à « traverser la rue » pour trouver un emploi, Emmanuel Macron a semblé esquiver l’examen de conscience.

« Là où j’habite, je peux vous dire qu’on en trouve, mais c’est pas vrai partout. Parfois on fait des caricatures, que voulez-vous, on est au temps du numérique.

Je suis comme ça je changerai pas », a-t-il conclu, certains élus manifestant alors leur désapprobation.

Peu avant, devant le conseil municipal de la ville où il s’était invité par surprise, Emmanuel Macron avait une fois encore distillé une petite phrase lapidaire jugée incendiaire par ses détracteurs: « Les gens en situation de difficulté, on va davantage les responsabiliser car il y en a qui font bien et il y en a qui déconnent ».

Formulation qui lui avait déjà été reprochée lorsqu’il avait évoqué la semaine dernière des Français ayant perdu « le sens de l’effort ».

Quelques concessions pour ouvrir le bal

S’il a défendu son action, certaines réformes et son style, Emmanuel Macron n’a toutefois pas fermé la porte à des améliorations pour la suite.

S’adressant à des élus locaux s’estimant démunis par l’organisation des pouvoirs publics, le président de la République a lâché une première concession cruciale à leurs yeux en acceptant de « rouvrir la loi NOTRe » de 2015 sur la nouvelle organisation territoriale pour « améliorer ce qui dans cette loi ne fonctionne pas ».

La loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République) a notamment entraîné des transferts de compétences des communes vers des communautés de communes et d’agglomérations parfois très mal vécus par les maires.

Autre sujet sensible en ruralité, Emmanuel Macron s’est déclaré ouvert à des aménagements pour faire en sorte que la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires soit « mieux acceptée » par les Français tout en étant « efficace ».

« Il y a des propositions qui ont été faites par le gouvernement, il y a une bronca.

Est-ce qu’il faut tout arrêter? Franchement non…. Est-ce qu’on faire quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent, sans doute oui », a-t-il concédé, plaidant en faveur d’une évaluation constante des réformes entreprises, quitte à revenir en arrière en cas d’échec.

Le chef de l’Etat a usé de la même méthode s’agissant de l’abrogation de l’ISF en critiquant cet impôt jugé contre-productif mais en promettant de revoir sa copie si l’évaluation menée par le Parlement démontrait que sa réforme avait été inutile.

Ces maigres concessions, peu engageantes sur le quinquennat, ont surtout vocation à servir de rampe de lancement à un grand débat qui a débuté dans la cacophonie après le retrait de son organisatrice, la présidente de la CNDP Chantal Jouanno. L’installation de cette concertation hors-normes n’est d’ailleurs toujours pas achevée, l’exécutif et les présidents des assemblées devant désigner vendredi prochain les cinq garants de son indépendance et de la sincérité de sa restitution.

Une étape cruciale pour éviter que ce grand débat national ne se résume au final qu’à un grand déballage.

Source : https://www.huffingtonpost.fr

Crédit photo : capture d’écran

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