Alimentation : Bruxelles donne son feu vert à un premier insecte dans nos assiettes

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L’Union européenne va autoriser la vente de vers de farine jaunes séchés comme aliment. D’autres insectes devraient suivre. L’Europe veut miser dessus pour soutenir une alimentation plus nutritive et plus durable.

Bon appétit ? Mardi, les Etats membres de l’Union européenne ont approuvé une proposition de la Commission autorisant l’utilisation de vers de farine jaunes séchés comme « nouvel aliment », selon le terme légal consacré aux produits à la consommation encore rares et destinés à gagner les étals et les caddies.



Ce ver peut, précise Bruxelles aux cuistots circonspects, être utilisé comme insecte séché entier, « sous forme de collation », ou en poudre comme ingrédient de divers produits alimentaires, « dans des biscuits ou des produits à base de pâtes ».

Grillons et sauterelles

Une telle autorisation de mise sur le marché européen d’un insecte comme « nouvel aliment » constitue une grande première. Elle ne devrait pas le rester longtemps : pas moins de onze autres demandes du même type sont en cours d’examen par l’EFSA, le gendarme européen de la sécurité alimentaire.

Basé à Parme en Italie, l’organisme se penche notamment sur le cas des grillons et sauterelles, désormais à quelques battements d’ailes des assiettes des Européens. « Des millions de personnes consomment déjà des insectes chaque jour », rappelle la Commission.

La France en pointe
L’autorisation a été obtenue par le français Agronutris, un des pionniers mondiaux de ce secteur des insectes alimentaires. Paris veut en faire une filière stratégique et soutient dans le cadre de son plan de relance plusieurs pépites hexagonales, dont Agronutris.

« Cette autorisation va permettre d’aller explorer de nombreux marchés. On peut aller sur une consommation ludique, sportive, pour raison de nutrition médicale, en substitut de viande… L’enjeu des prochaines années va être de développer des produits adaptés aux attentes des consommateurs pour que les insectes s’inscrivent durablement dans les habitudes alimentaires, au-delà de la première consommation par curiosité », explique Cédric Auriol, son cofondateur.



Santé et planète
Bruxelles ne demande que cela. La stratégie « De la ferme à la table », présentée en 2020 par la Commission européenne, identifie clairement les insectes comme une source de protéines de substitution « qui peut soutenir la transition de l’UE vers un système alimentaire plus durable ».

C’est d’abord bon pour la santé. L’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qualifie les insectes de source alimentaire saine et très nutritive, qui réunit matières grasses, protéines, vitamines, fibres et minéraux.

Et c’est aussi bon pour la planète : l’élevage d’insectes a une empreinte écologique limitée par rapport aux autres sources de protéines, souligne la Commission européenne. Par exemple, « en remplacement de soja cultivé sur des terres déboisées » dans le cas de l’alimentation des animaux d’élevage, marché quasi exclusif à ce stade des quelques milliers de tonnes d’insectes produits chaque année en Europe.

Accompagner l’envol
Concrètement, des insectes entiers sont déjà vendus comme aliments pour humains en Europe, surtout dans les épiceries bio. Mais leur nombre reste limité et la situation résulte d’un imbroglio juridique : il n’était pas clair pour les Etats s’ils tombaient ou non dans le champ du règlement sur les nouveaux aliments ; certains ont ainsi atteint les rayons sans l’autorisation préalable de Bruxelles.

La Commission s’attache ici à corriger le tir pour mieux les encadrer avec leur essor annoncé. Le règlement a été modifié et considère désormais explicitement un insecte entier comme un « nouvel aliment », qui doit à ce titre recevoir l’approbation de l’EFSA. Les industriels se tiennent prêts. Ynsect, un des spécialistes français de la farine d’insectes pour animaux, attend par exemple le feu vert européen pour lancer des barres énergétiques pour les sportifs.



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Crédit photo : Capture d’écran

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