AstraZeneca, le doute de trop ? « Je comprends que certains puissent en avoir peur »

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Le vaccin AstraZeneca suspendu en France : une mesure de précaution que certains jugent excessive.

Le doute engendré par la suspension du vaccin AstraZeneca sera-t-il celui de trop pour le petit flacon britano-suédois ?

De façon plus pessimiste et plus globale : cette suspension peut-elle sérieusement contrarier la réussite de la campagne de vaccination contre le Covid-19 en France, où la méfiance est toujours plus importante qu’ailleurs ?

Ces questions, ils étaient nombreux à se les poser ce mardi 16 mars parmi les professionnels de santé, au lendemain de l’annonce de la suspension par le président Emmanuel Macron, non sans une certaine colère dans la voix.


« On n’arrête pas de nous secouer dans tous les sens, et on commence à en avoir franchement marre », glisse une professionnelle, médecin généraliste, entre deux doses de vaccin injectées au centre de vaccination de Colomiers*.

Ici, c’est le Pfizer qu’on administre encore aux plus de 75 ans. Mais dans les jours ou les semaines qui viennent, ce sont bien les doses AstraZeneca qui devaient arriver en masse pour faire passer la campagne de vaccination à la vitesse supérieure.

« On ne s’en sortira pas sans »

« Moi, il ne me fait pas peur ce vaccin, mais c’est sûr qu’à force d’en entendre parler pratiquement tous les jours et maintenant avec la suspension, je comprends que certains puissent être craintifs.

C’est le cas de ma femme par exemple, qui le redoute un peu », témoigne Daniel, 78 ans. Il vient de recevoir sa première dose Pfizer et patiente dans son « box » durant le quart d’heure réglementaire pour s’assurer qu’il ne souffre d’aucun effet indésirable sérieux.

Et en attendant de pouvoir repartir, il se souvient d’une époque, enfant, où sa mère mettait un point d’honneur à ce qu’il reçoive tous les vaccins possibles.

« Et je peux vous dire que des réactions graves, j’en faisais à chaque fois. Les vaccins étaient beaucoup moins « propres » à l’époque que maintenant. »

Désormais, et depuis plusieurs années, les vaccins ne lui font plus rien.

« Alors bien sûr, j’imagine qu’il peut y avoir des réactions indésirables parfois, mais il faudrait que les gens prennent conscience que sans les vaccins, on aurait beaucoup plus de morts et que de toute façon, on ne s’en sortira pas autrement. »

Dans le box d’à côté, c’est Giovanni, 77 ans, qui vient de se faire administrer une dose. Il est accompagné de sa sœur, 74 ans.

Lui a le droit au vaccin Pfizer, pas elle.

Son médecin généraliste lui a toutefois proposé de recevoir une dose du AstraZeneca, mais elle a refusé.

« Non pas que je redoute d’éventuels effets indésirables, tempère-t-elle, mais je préfère avoir un vaccin qui a un taux d’efficacité plus grand. »


« Je pense qu’on exagère »

Les résultats de la phase 3 des essais cliniques sur le vaccin AstraZeneca qui lui avaient d’ailleurs valu sa première campagne de « mauvaise presse »  faisaient en effet état d’un taux d’efficacité de 60 %, relevé a posteriori aux alentours des 80 % par de nouvelles études.

Toujours trop peu cependant pour cette habitante de Fonsorbes, à quelques kilomètres de là.

« Avec mon mari, qui lui a reçu le Pfizer, on voyage beaucoup en temps normal, et je suis quand même assez âgée, donc je préfère avoir un vaccin qui couvre mieux.

Mais je pense que le AstraZeneca est bien indiqué pour les plus jeunes, qui craignent moins la maladie », analyse la retraitée.

« Par ailleurs, je pense qu’on exagère le danger que peut représenter ce vaccin.

Certes, il y a eu quelques cas de thromboses, mais qui dit que ces patients n’auraient pas fait de thrombose même sans avoir été vacciné ?

Un proche en a fait une il y a peu sans avoir reçu le vaccin.

Ça n’a parfois rien à voir. »

Les médecins craignent que leurs patients ne se montrent pas tous aussi confiants.

« Pour l’instant, je n’ai pas encore eu d’annulation. J’espère qu’on n’en arrivera pas là, mais dans les minutes qui ont suivi l’annonce d’Emmanuel Macron, nos patients programmés pour du AstraZeneca nous ont téléphoné pour nous bombarder de questions », confirme un généraliste columérin.

Les mêmes craintes ont été observées parmi la patientèle en pharmacie, où les vaccinations devaient justement commencer cette semaine.

« On a déjà passé beaucoup de temps à rassurer nos patients, en particulier vis-à-vis du AstraZeneca, ça ne va pas s’arranger avec cette suspension », regrette Jean-Marie Guillermin, gérant de la pharmacie de la Halle aux grains à Toulouse.

« On a reçu beaucoup d’appels inquiets alors qu’on n’a même pas encore de rendez-vous pris.

On ne sait d’ailleurs pas si on va recevoir les doses commandées ce jeudi pour démarrer notre campagne. »

Le flou règne, une nouvelle fois.

En espérant que ce ne soit pas celle de trop.

* Le centre de vaccination de Colomiers est financé par la municipalité

Source :ladepeche.fr

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