Faut-il durcir le confinement ou l’assouplir ? Un élu et un médecin opposent leurs arguments face à l’épidémie…..

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De nombreux passants dans les rues, grandes surfaces et écoles ouvertes…Le confinement saison 2 est plus souple mais semble moins bien respecté que le premier.



Le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste en Haute-Garonne, défend l’idée de mesures plus strictes pour endiguer l’épidémie tandis qu’à Lavaur, Bernard Carayon, maire de la commune, dépose des arrêtés afin de rouvrir les restaurants, les bars et les salles de sport invoquant le droit à la liberté des citoyens.

Le Dr Jérôme Marty, médecin en Haute-Garonne et président du syndicat de l’Union française pour une médecine libre (UFML) déplore que le gouvernement français n’ait pas adopté des mesures plus strictes et surtout plus rapidement.

La Dépêche du Midi : Pourquoi ce confinement semble moins respecté?

Dr Jérôme Marty : Le gouvernement a voulu reconfiner tout en étant souple mais le virus, lui, continue de se propager.

Ce n’est pas possible de donner des signaux aussi divergents à la population.

Il faut que nous allions tous dans la même direction. Aujourd’hui, les gens ne savent même plus quoi penser.

Certains croient même que c’est moins grave que ce qu’on leur dit. En même temps, ce nouveau confinement en est l’illustration, la population a le droit d’aller dans les magasins ou d’emmener les enfants à l’école.

Je ne blâme pas les Français, tout cela n’est pas de leur faute. Honnêtement, la situation est catastrophique et les gens ne le voient pas.

Nous avons un taux de positivité en France aux alentours de 20 % c’est dramatique, ce qui veut dire qu’une personne testée sur cinq est positive.

Forcément, les politiques ne le disent pas parce que ça fait peur.



La deuxième vague est-elle si importante?

Le virus est partout. Si nous ne faisons rien, cela va faire des milliers de morts. Les familles de malades et les soignants vont payer un lourd tribut.

Le pire est à venir, nous allons payer la lourde note dans 15 jours.

Le gouvernement compare souvent la situation en France avec celles de nos voisins. Mais justement en Allemagne, par exemple, ils ont pris des décisions de reconfinement avant nous et surtout ils n’ont pas attendu que la courbe de cas positifs soit aussi haute.

Il est clair que plus on laisse un virus se répandre, plus il est difficile à combattre.

Que faut-il faire pour endiguer la propagation exponentielle du virus?

Il y a un énorme décalage entre le discours et la réalité. Il manque tout simplement de la clarté.

Je ne suis pas devin mais pour moi le gouvernement va devoir adopter un confinement en deux temps, et la deuxième partie, c’est la fermeture des écoles.

On le sait qu’elles sont restées ouvertes pour que les parents puissent continuer à faire tourner l’économie.

Mais ce que certains ne comprennent pas, c’est qu’en faisant cela, nous nous sommes tiré une balle dans le pied.

À mon sens, il fallait être plus strict et bien plus tôt, je dirais même qu’il est presque trop tard.

Il y a eu du retard à l’allumage et nous allons payer cher les conséquences.

Il est nécessaire d’imposer le télétravail pour limiter les contaminations en entreprise.

Il faut multiplier les offres de transport pour décongestionner les métros, les tramways ou les bus.

Pour les écoles, nous avons toujours recommandé de jouer sur l’alternance.

Un groupe en présentiel, l’autre à distance, et on alterne.

Il faut garder en mémoire que des mesures imposées aujourd’hui n’auront d’effets seulement que dans trois semaines, d’où l’urgence de les mettre en place.



Bernard Carayon, maire de Lavaur dans le Tarn, porte lui un message bien différent.

Il a déposé plusieurs arrêtés autorisant la réouverture des restaurants, des bars ou encore des salles de sport.

Jugeant le confinement, trop inégalitaire, il a décidé d’agir à contre-courant du gouvernement tout en préservant la sécurité et la santé de ses habitants.

La Dépêche du Midi : Pourquoi remettez-vous en question ce confinement ?

Bernard Carayon : Nous allons d’incohérence en incohérence. Rappelons le rétropédalage sur les masques, un temps inutile puis obligatoire.

On nous annonce aussi des tests efficaces puis un vaccin. Pour l’instant, à part les gestes barrières, nous n’avons pas grand-chose pour lutter contre ce virus.

Ces mesures sont mises en place dans la commune de Lavaur que je gère.

Je n’ai jamais remis en question cela. Par contre, je ne vois pas pourquoi on obligerait la population à aller faire ses courses dans un endroit et pas dans un autre.

C’est bien une décision de technocrate parisien. Je n’incrimine pas les grandes surfaces mais en quoi sommes-nous plus en sécurité sanitaire dans un hypermarché que chez son boucher ?

Qu’est ce qui selon vous peut fonctionner pour vaincre l’épidémie?

Je pense que des mesures de bon sens peuvent fonctionner.

Qui mieux qu’un maire peut connaître les réalités et les spécificités de la commune qu’il gère ? La pédagogie et faire appel au sens des responsabilités, c’est à mon sens la meilleure des solutions face à la crise sanitaire.



J’invite donc tous les habitants de Lavaur à rester un maximum chez eux mais pour autant je ne les empêche pas de vivre.

La mise en place très stricte des mesures sanitaires comme les gestes barrières et le masque est pour moi essentielle.

Ces mesures sont majoritairement respectées dans ma commune.

Qu’avez vous mis en place dans votre commune?

J’ai déposé un certain nombre d’arrêtés. J’ai autorisé la réouverture des bars, restaurants, salles de sport par exemple.

À mon sens, le décret publié au Journal officiel est illégal.

Il crée des distorsions de concurrence, il favorise les gros plutôt que les petits.

C’est intolérable et inacceptable même en état d’urgence sanitaire. Les arrêtés déposés pour ma commune sont pour moi de l’humanisme concret.

Je laisse également les écoles ouvertes parce que je fais confiance aux enseignants quant à l’application des mesures barrières et du protocole dans son intégralité.

Lors de l’annonce de ce deuxième confinement, il fallait tout fermer, écoles et entreprises incluses, pour éviter ces situations injustes et déséquilibrées.

Ce n’est pas le choix qui a été fait et donc nous sommes désormais face à un manque total d’équité favorisant certains et pas d’autres… et le virus, lui, continue de se propager.

Quand l’Etat n’est pas à la hauteur, il faut laisser faire les collectivités locales.



Source : ladepeche
Crédit photo : Capture d’écran

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