La limitation à 80 km/h coûte-t-elle vraiment 3,8 milliards d’euros par an ?

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Une analyse d’un comité, proche d’une association de défense des automobilistes, remet en question l’utilité et le coût de cette mesure décriée…

  • Dans une analyse publiée le 20 décembre, le Comité indépendant d’évaluation des 80 km/h dénonce le coût de cette mesure décriée et son impact limité.
  • A l’en croire, elle sauverait seulement une centaine de vies (contre les 300 à 400 estimées par le gouvernement) et coûterait 3,8 milliards d’euros par an.
  • Mais ses méthodes de calcul et les données utilisées par ce comité créé par l’association 40 Millions d’automobilistes sont pour le moins fragiles.

Déjà très impopulaire et ce avant même son entrée en vigueur le 1er juillet dernier, la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central pourrait désormais être ciblée par une nouvelle critique : son coût.

Le comité indépendant d’évaluation des 80 km/h (CIE), un organisme créé par l’association 40 Millions d’automobilistes (connue pour son hostilité à cette mesure), vient en effet de publier une « analyse prévisionnelle « coûts/avantages » » aux conclusions plutôt négatives.

« La mesure ne « sauvera » pas les 400 vies annoncées par le gouvernement mais va coûter 3,8 milliards d’euros par an aux Français » clame ainsi le CIE, en s’appuyant notamment sur des méthodes de calcul détaillées dans l’étude comme par son président, Jean-Luc Michaud, lors de son passage sur RTL, le 20 décembre.

Mais cette analyse est contestée par la Sécurité routière.

FAKE OFF

« Je suis scandalisé, c’est de l’intox pure venant d’un comité auto-consacré qui ne connaît rien à la science de l’accidentologie : penser qu’on peut faire une analyse de l’impact de la limitation à 80km/h à partir de données remontées par le baromètre mensuel de l’accidentalité routière, c’est méconnaître totalement cette science » s’insurge Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière.

« Pour l’analyser, il faut se baser sur le Baac, un fichier qui comporte toutes les données sur les accidents, avec environ 70 champs pour chacun » précise Emmanuel Barbe, expliquant au passage pourquoi le CIE n’a pas pu accéder aux bases de données de l’accidentalité routière, malgré sa demande : « On ne peut pas donner ces données car elles n’existent pas encore, elles sont [conclues] au mois de janvier après tout un travail de vérification ».

Pour calculer le nombre de vies potentiellement sauvées par la mesure, le CIE choisit en outre de se référer uniquement, sur les 3.684 décès routiers de 2017, aux « 530 morts » dues à des « vitesses excessives ou inadaptées aux circonstances ».

Il réduit ainsi considérablement la portée potentielle de son calcul, alors que la limitation de vitesse à 80 km/h concerne tous les accidents survenus sur des voies à double sens sans séparateur central, sans qu’il s’agisse forcément d’excès de vitesse.

Le département de la Creuse ne changera pas ses panneaux malgré le passage à 80 km/h.
Le département de la Creuse ne changera pas ses panneaux malgré le passage à 80 km/h. Sébastien Bozon / AFP

Un coût faramineux basé sur une estimation de la perte de temps

« Le comité ignore totalement la règle d’Elvik [un chercheur en sécurité routière qui a travaillé sur la vitesse] : elle montre qu’en faisant baisser de 4 % la vitesse vous réduisez de 4 % le nombre de morts.

Si vous roulez moins vite, vous avez moins de chances de provoquer un accident ou un accident grave » explique Emmanuel Barbe.

Enfin, le coût exorbitant de 3,8 milliards d’euros avancé par le CIE s’appuie sur une estimation du « temps perdu induit par la baisse de la vitesse moyenne de -4 km/h sur ces routes à 300 millions d’heures (l’équivalent de 200 000 années de travail ou de loisirs), soit un coût conventionnel de 4,4 milliards d’euros par an. »

Une méthode de calcul pour le moins atypique, qui évoque une simple estimation de coût  alors que celui, concret, de la limitation, se chiffre à « 10 millions d’euros, pour l’installation des panneaux », comme le rappelle Emmanuel Barbe.

« La perte de temps a évidemment un coût mais elle est compensée par la diminution de la perte de vies humaines. Les estimations du ministère de l’Ecologie montrent au contraire qu’on attend une économie de 230 millions d’euros.

Aucun élément nouveau depuis juillet ne vient infirmer ça » conclut le délégué interministériel à la sécurité routière, alors que les premiers résultats autour de l’impact de la mesure sont attendus fin janvier 2019.

 

Source: https://www.20minutes.fr/societe/2401495-20181221-limitation-80-kmh-mesure-coute-plus-cher-prevu-apres-securite-routiere

Crédit photo : capture d’écran

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