Migrants évacués à Paris : « Les ordres donnés aux policiers face à ces exilés sont une honte »….

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail

Lundi 23 novembre au soir, des centaines de migrants, accompagnés de leurs soutiens associatifs, ont posé leurs tentes sur la place de la République à Paris.

La soirée s’est terminée dans la tension et les affrontements violents avec la police, les forces de l’ordre confisquant les abris de fortune.

Derrière les images jugées « choquantes » par le ministère de l’Intérieur Gérald Darmanin lui-même, il y a la situation précaire de milliers de demandeurs d’asiles sans domicile fixe.

Yann Manzi, fondateur de l’association Utopia 56, qui a aidé ces exilés quasi exclusivement des Afghans  à installer ces tentes, dénonce l’inaction de l’Etat face à leur situation critique.

« Des images choquantes » : Darmanin contre « l’article 24 » ?
Sans surprise, le campement établi place de la République a été rapidement démantelé. Pourquoi avoir choisi un lieu si central ?



Les populations qui se sont rassemblées place de la République sont celles qui n’ont pas été prises en charge lors du démantèlement du camp de Saint-Denis mardi dernier : on estime que 1 000 personnes ont été chassées par la police le soir du démantèlement dans les rues de Paris et le Nord parisien. Elles sont depuis laissées sans solution.

Ces personnes nous ont demandé deux choses : être présents la nuit avec eux, de façon à ce que les violences policières puissent diminuer, et être visibles.

Nous avons organisé avec eux ce campement ponctuel avec des élus, des médias, de façon à dire : « Vous nous avez oubliés, mettez-nous à l’abri et arrêtez les violences policières. »

Que va-t-il se passer pour ces migrants à nouveau évacués lundi soir ?

Ça va continuer, ça continue depuis des mois.

On vit déjà ça avec le « ping-pong » de la Mairie de Paris qui ne veut plus des familles de migrants, et les rejette inlassablement à Saint-Denis, à Aubervilliers.

Tout le monde se renvoie la balle.

Ça va encore s’accentuer parce qu’ici, ce sont des hommes et donc on ne va rien leur proposer. On va continuer à les repousser.

Migrants afghans : droits amoindris, danger accru
Une mise à l’abri de plus de 1 000 personnes est nécessaire, et nous demandons à la préfecture et à l’Etat d’ouvrir ces places.

Depuis la semaine dernière, ils nous disent qu’ils vont ouvrir quelque chose, qu’ils aimeraient rectifier le tir sur ce démantèlement raté de Saint-Denis.



Mais la réalité des faits, c’est la matraque. La violence de M. Lallement [le préfet de police de Paris, NDLR] et les ordres donnés à ces policiers face à ces réfugiés et ces exilés sont une honte.

Dans un communiqué ce mardi, Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon ont rappelé que 10 000 places d’hébergement avaient été créées depuis le 17 novembre et que 4 500 places supplémentaires pour les demandeurs d’asile seraient financées par le gouvernement en 2021.

De quoi alléger les difficultés des migrants à la rue ?

On sait qu’un exilé sur deux n’est pas hébergé en France (1), les chiffres des places qu’ouvre le gouvernement sont dérisoires.

Tous les moyens sont mis dans Frontex, dans la sécurisation de nos frontières, dans les forces de police qui font la chasse : là, les budgets suivent.

Ce ne sont pas 4 000 places qu’il faut mais des dizaines de milliers.

Un rapport de la Fondation Abbé-Pierre dit qu’aujourd’hui, plus de 300 000 personnes dorment dans les rues.

Que sont 10 000 places à côté ? Pour moi, c’est de la communication.

La possibilité d’une île… pour migrants
Après le démantèlement de Saint-Denis, l’adjoint à la mairie de Paris Ian Brossat a annoncé lundi dans « Libération » avoir demandé la mise à disposition du parc des expositions de la porte de Versailles et de l’espace Champerret.

Est-ce suffisant de la part de la mairie ?

La mairie joue son rôle.



Mais il est clair que le problème des exilés en France incombe à l’Etat. Bien sûr, les élus doivent participer à l’effort et essayer de mettre en place ce qu’il faut mais ce ne sont pas eux qui régleront le problème.

La pression doit être mise sur l’Etat.

Nous disons tout de même à la mairie de Paris qu’elle devrait être, comme elle l’annonce, une ville refuge, pas seulement dans les mots mais aussi dans les faits.

Il ne suffit pas de dire « C’est pas moi, c’est la préfecture », il faut aussi trouver des solutions.

Il y en a, il en existe. Anne Hidalgo a le droit de décréter un état d’urgence : nous sommes en période de Covid.

Si l’Etat ne fait rien, les mairies doivent prendre leurs responsabilités et avancer avec les citoyens, les associations, de façon à ce que la dignité revienne dans notre pays.

Propos recueillis par Marie Fiachetti

(1) Selon l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (Ofii),
« au 31 décembre 2019, les capacités du dispositif national d’accueil, hors DOM, étaient de 81 866 places d’hébergement ».

142 977 demandeurs d’asile ont été accueillis en guichet unique en 2019, toujours selon l’Ofii.



Source : msn.com
Crédit photo : Capture d’écran

Facebook 0 Twitter 0 Google+ 0 Linkedin 0 Mail